Un article de Lis Bell, paru dans Espacinsular; traduit par Harry E. Jean-Philippe pour Radio-TV FOCUS
Haiti est sous la dictature ouverte de la communauté internationale
Port-au-Prince,Haïti, 9 Juin 2010 .- Défendre la dignité du voisin,c'est sauvegarder la sienne.
Dans son tombeau, l'ancien président dominicain, Joaquín Balaguer se ferme encore plus fort les yeux en se demandant, peut-être, si les nouvelles rapportées par la presse sont véridiques. De fait,les nouvelles sont stupéfiantes : un chef d'Etat dominicain invitant le chef des troupes d'occupation de la République voisine à présenter son point de vue dans un Sommet officiel qui réunit des représentants de dizaines d'Etats souverains du monde !
Évidemment,Balaguer n'était pas un saint. Mais, au moins, il portait la vision de l'île qu'il considérait comme un patrimoine à double souveraineté qui doit être respecté par la communauté internationale. Cette vision,il y croyait profondément au point de produire un document officiel qu'il avait signé conjointement avec (devinez qui) le président haïtien, René Préval, il y a 14 ans, à Santo-Domingo.Il s'agit de la Déclaration de Création de la Commission Mixte Bilatérale.
Dans le préambule de cette Déclaration,il est écrit que les deux États partageant l'île s'engagent à défendre mutuellement leur souveraineté respective face aux organisations internationales.
Ironie de l'Histoire: C'est Santo Domingo, la même ville qui est choisie pour être l'expression de la trahison d'une vision, pour le moins,digne des relations entre les deux nations voisines.En d'autres termes, le gouvernement de Fernández agit comme un voisin qui invite son voisin à festoyer et à tronquer des verres avec l'occupant.
Il n'y a pas de doute que le présent homme d'Etat dominicain, armé d'une d'excellente éducation, connait l'essentiel de l'Histoire de la première nation indépendante, sans esclaves, de l'hémisphère américain et des Caraïbes.Alors, quel a été son sentiment au moment où le chef des troupes d'occupation d'Haïti prononcait son discours?La MINUSTAH n'est pas bien vue en Haïti:plusieurs cas documentés de viols sur des mineurs ont été rapportés par la presse;récemment,ces troupes d'Occupation ont violé l'enceinte de l'Université d'Etat d'Haïti pour harasser des étudiants!L'un d'entre eux a été même enlevé,gardé à vue et torturé avant d'être relaché sous fortes pressions.
Que pense Léonel Fernandez des mots sortis de la bouche du chef de la MINUSTAH sur la constitution haïtienne? (Il ne vaut pas la peine de publier son nom;ce serait lui rendre trop d'hommages).
Il convient de rappeler que la Charte fondamentale d'Haïti n'admet pas la présence des troupes étrangères sur le territoire national. Ainsi, la Constitution fait déjà de la MINUSTAH et de ses chefs des "hors la loi" sur la terre d'Haïti.Alors, Qu'est-ce que vient faire la marionnette américaine de l'Occupation dans un Sommet officiel dans la ville qui a été arrosée avec le sang du poète révolutionnaire,Jacques Viau?
Peut-être, le président Léonel Fernández et ses alliés pourraient se sentir confortables en voyant Haïti, aujourd'hui, présenter à la face du monde une image de médiocrité et de faiblesse étatique;une Haiti prisonnière facile d'un secteur puissant du capitalisme international lié au capitalisme dominicain,heureux tous deux jusqu'à la folie devant cet océan de profits en perspective.
Comble d'ironie : peu de temps après avoir envoyé un nouveau contingent d'hommes armés en Haïti, le super-intendant de l'Occupation en Haïti a appelé le chef de l'Etat dominicain pour lui adresser des félicitations pour la tenue du Sommet Mondial et pour sa solidarité.
Précisément, la solidarité qui doit être exprimée est celle qui soit magnanime, celle qui ne cherche pas à sacrifier Haïti, enchaînée par une occupation depuis 6 ans dont le but central est d'invalider toute initiative véritablement nationale et de réduire les Haïtiens à l'esclavage.
Maintenant, il ne s'agit pas de défendre une pluie de dollars ou une route, un pont, pour Haïti.Toutefois,il importe de défendre ce qui ne peut pas être vu mais on peut le sentir : la solidarité pour la dignité d'un pays sans occupation étrangère.
Vraiment,ce n'est pas le temps de Trujillo ni celui de Duvalier. Toutefois,c'est le temps des tontons macoutes internationaux :les tontons macoutes politiciens du Conseil de Sécurité et de la MINUSTAH et les tontons macoutes économiques de la Commission Intérimaire (CIRH) récemment créée,en violation flagrante des prescrits de la Constitution haïtienne.
La vérité: Haïti est sous la dictature ouverte de la Communauté internationale.Au lieu d'ouvrir le chemin pour la solidarité authentique et sincère entre les deux peuples de l'île,souhaiter la bienvenue à la CIRH au Sommet de Santo-Domingo n'a pas été autre chose que pactiser avec les ennemis du peuple haïtien.L'intégration de la Commission méchante par la République dominicaine équivaudra à cette dernière portant l'habit de l'occupant.
En ce sens, malheureusement,on notera que le Sommet de Santo-Domingo auquel ont pris part les troupes d'occupation comme invitées d'honneur,sera retenu dans les annales de l'Histoire de l'île comme un grand recul de la vision qui exaltait la dignité et la souveraineté de l'île.Quant au président dominicain, Léonel Fernández,il sera considéré comme plus retardé que Balaguer.



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